Contact : Bénédicte HERNU Animation du Patrimoine -
Villa Burrus 11a rue Maurice Burrus 68160 Sainte-Croix-aux-Mines
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L
'histoire du Val d'Argent, appelé autrefois Val de Lièpvre puis vallée de Sainte-Marie-aux-Mines, débute avec la fondation d'établissements religieux. Après avoir obtenu de vastes territoires de la part de Charlemagne en 774, Fulrad -abbé de Saint-Denis- fonde un prieuré à Lièpvre. Deux siècles plus tard, un deuxième prieuré (prieuré de Belmont ou d'Echery) est fondé par un dignitaire de la cathédrale de Metz, nommé Blidulphe. Le prieuré de Belmont - qui deviendra plus tard le prieuré d'Echery - adopte la règle de saint Benoît et est placé sous la dépendance de l'abbaye de Moyenmoutier (Vosges)

Peu à peu, des noyaux de population se fixent autour des deux prieurés. Sous l'autorité des prieurs, ces familles défrichent la forêt en remontant vers le fond de la vallée. Mais au 13e et au 14e siècle, les deux prieurés perdent leur influence et leurs biens au profit de deux seigneurs territoriaux : le Duc de Lorraine et les sires de Ribeaupierre. Ceux-ci se partagent la vallée en deux,  et la confient en fief à un vassal commun, membre de la famille des Echery.

Carte de la division du Val d'ArgentEn 1381, Jean d’Echery décède sans héritier mâle. Des conflits concernant son héritage opposent le Duc de Lorraine, les Ribeaupierre, et la famille des Hattstatt, qui se pose comme sucesseur indirect des Echery. En 1399, un accord est trouvé : le Duc de Lorraine donne en fief une moitié du Val de Lièpvre aux Hattstatt, tandis que l’autre moitié revient aux Ribeaupierre. La limite entre leurs seigneuries respectives est fixée sur le tracé des ruisseaux du Liversel, de la Lièpvrette et de la Goutte Saint Blaise. Ces trois ruisseaux forment le Landbach, le ruisseau frontière. La rive gauche du Landbach appartient aux ducs de Lorraine avec les villages de Lièpvre, Rombach,  Ste Croix et Ste Marie Lorraine (les habitants sont catholiques et francophones). La rive droite revient au comte de Ribeaupierre (les habitants sont germanophones et protestants dès le 16ème siècle).

Tout au long de son histoire, le Val d'Argent connaît deux grandes phases d'activités mono-industrielles. Commencée au 10e siècle, l'exploitation des mines d'argent dure près de mille ans, avec quelques périodes où elle est mise en sommeil. Parallèlement, dès le 16e siècle, on perçoit les prémices d'une activité textile, avec l'installation de drapiers, teinturiers, et passementiers dans la vallée. L'industrie textile prend son essor à partir du milieu du 18e siècle. Elle a occupé une place prépondérante dans l'économie locale du 19e jusqu'au milieu du 20e siècle.

  A l'issue de cette esquisse, l'histoire du Val d'Argent semble a priori banale. De nombreuses analogies peuvent être établies avec d'autres vallées vosgiennes : à titre d'exemple, les vallées de Munster ou de Guebwiller furent également peuplées sous l'impulsion d'établissements religieux, et accueillirent une activité mono-industrielle au 19e siècle.
Pourtant, le Val d'Argent présente de réelles spécificités, qui confèrent au territoire des caractères originaux.

Sa première spécificité est le cadre géographique dans lequel se déroule son histoire. Au Moyen Age, les Vosges ont constitué une frontière naturelle, politique, juridique et linguistique entre l'espace germanique et l'espace francophone. Situé au cœur du massif vosgien, le Val d'Argent est une zone "tampon" entre le Duché de Lorraine et le Saint Empire germanique, mais aussi entre la Haute et la Basse Alsace. Cette position géographique lui confère une situation très particulière. Dans cet espace géographique d'une centaine de kilomètres carrés se rencontrent :

- les limites de la zone francophone et la zone germanophone,
- les limites des circonscriptions politiques (Saint Empire germanique / Duché de Lorraine),
- les limites des circonscriptions judiciaires (circonscription des chambres de justice impériale et du duché de Lorraine),
- les limites des circonscriptions religieuses (circonscription des évêchés de Bâle, de Strasbourg et de Metz)

 

Jusqu'alors peu respecté, le rôle de la frontière entre la Lorraine et l'espace germanique est réaffirmé avec force au 16e siècle, après à la découverte des riches filons d'argent. Abolie à la Révolution, la frontière sera remise en vigueur sous l'Annexion allemande entre 1870 et 1918. Ce n'est qu'avec la réintégration définitive de l'Alsace à la France et le percement du tunnel transvosgien que les Vosges perdent leur rôle de frontière politique et de frontière naturelle.


 L'existence de la frontière ne cloisonne pas la vallée. Au contraire, elle devient une véritable zone de contacts. Ainsi existe-t-il de nombreux emprunts linguistiques de part et d'autre de la frontière. Loin d'être un espace replié sur lui-même, le Val d'Argent devient zone de transit, terre d'accueil et d'immigration. Avec l'essor de l'industrie des mines puis du textile, la vallée voit sa population s'accroître fortement en quelques années. Ce formidable essor démographique ne saurait s'expliquer sans l'apport des populations immigrées venues travailler dans l'industrie locale.

Borne frontière


  Certes, l'originalité de l'industrie locale ne réside peut-être pas dans ses secteurs d'activités : d'autres communes alsaciennes ont connu une activité minière ou textile sur leur territoire. En revanche, les industries minières et textiles ont, en l'espace de quelques décennies, modifié en profondeur la situation démographique, politique et économique de la vallée. Ces changements ont induit également d'importantes évolutions dans les domaines linguistique et religieux. Toutes ces mutations ont laissé des traces encore visibles dans le paysage local. Cohabitant dans un espace géographique de quelques kilomètres carrés, elles donnent un cachet original au Val d'Argent, qui apparaît comme un véritable patchwork d'activités humaines.

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