Contact : Bénédicte HERNU Animation du Patrimoine -
Villa Burrus 11a rue Maurice Burrus 68160 Sainte-Croix-aux-Mines
Tél. 03 89 58 35 91 Fax 03 89 58 69 84 Mail :patrimoine@valdargent.com

  Jusqu'à la fin du 15e siècle, le territoire présente des caractères éminemment ruraux : l'agriculture et l'exploitation du bois sont les seules activités pratiquées par les " pauvres gens du Val de Lièpvre ", dont les contributions et les taxes sont fréquemment payées en nature. Lieu de cueillette et pépinière des bois de construction et de chauffage, la forêt constitue le pilier de l'économie locale et couvre les besoins d'une population agricole. A partir du 16e siècle, le bois alimente l'industrie minière, qui en consomme en grandes quantités. Cette matière est employée pour la consolidation des galeries et des puits, pour la construction des pompes hydrauliques, ou encore pour la fabrication du charbon de bois, utilisé comme combustible dans les fonderies.
                              
         Les charbonniers ou les charpentiers des mines - Dessins de H. Groff

Au 19e siècle, la forêt favorise le développement d'autres secteurs d'activités. Coupé et débité en forêt, le bois de chauffage est transporté par les schlitteurs, qui utilisent des luges en bois pour l'acheminer vers les communes. Le bois de construction est pris en charge par les grumiers, et acheminé vers les sept scieries que compte la vallée vers 1900.



Secteur du violu en 1918


Enfin, la forêt fournit les matières premières nécessaires aux papeteries et aux cartonneries locales.
  Mais cette consommation industrielle du bois provoque la rapide disparition de secteurs forestiers entiers. Occupant près de 80% du territoire à l'aube du 16e siècle, la forêt ne recouvre plus que 30% de la surface de la vallée vers la Révolution. Les forêts communales subissent également de graves mutilations liées à l'irruption des deux Guerres Mondiales. Sur le secteur du Violu, près de 150 ha sont entièrement détruits et 135 000 m3 de bois mitraillés deviennent invendables.

Pour reconstituer les réserves forestières, un vaste programme de reforestation est lancé entre 1860 et 1880 sur l'ensemble du Val d'Argent. A l'issue des deux conflits mondiaux, ce programme est réactualisé : le choix des essences s'est orienté vers des arbres résineux, dont la croissance est plus rapide que celle des arbres feuillus. Sur les chaumes, on replante surtout du sapin et de l'épicéa, tandis que le pin repeuple les pâturages de basse et moyenne altitude. Avec près de 6 000 hectares de forêts, la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines se classe aujourd'hui en première position parmi les communes forestières du Haut-Rhin.
  Le défrichage des forêts, dont le bois alimente l'industrie minière, augmente la surface des terrains exploitables par les agriculteurs. Progressivement, des marcaires s'installent dans ces granges qui deviennent nos fermes de montagne. Vers 1585, on dénombre 14 granges sur le ban de Sainte-Croix-aux-Mines : elles sont toutes installées sur les hauteurs de la commune. L'arrivée des anabaptistes suisses, à la fin du 17ème siècle, accélère le développement de l'agriculture de montagne. En effet, les anabaptistes introduisent de nouvelles techniques agricoles dans le Val de Lièpvre : le nettoyage systématique des terrains, la fumure intense, l'irrigation des prés, l'utilisation de la faux, ou encore le soin apporté à l'alimentation des cheptels leur donnent des résultats d'exploitation supérieurs à ceux de la population locale. Mais en 1712, Louis XIV ordonne l'expulsion des anabaptistes. Leurs fermes, vendues ou abandonnées, sont réoccupées ensuite par des agriculteurs patoisants (ou " welches "). A Sainte-Marie-aux-Mines, le fond de la Petite Lièpvre accueille des paysans venus de la vallée voisine du Bonhomme, tandis que s'installent à Sainte-Croix-aux-Mines des habitants d'Orbey, des Lorrains et des Francs-Comtois. Jusqu'à la Révolution, l'exploitation agricole s'appuie en grande partie sur les troupeaux et les prairies appartenant à la communauté villageoise. Au milieu du 19ème siècle, les prairies communales disparaissent au profit des exploitations privées. Il y a des fermes pratiquement sur toutes les hauteurs et dans tous les vallons. La plupart des exploitations sont petites et limitées à 5 ou 6 hectares. Le type d'agriculture est l'héritage du savoir-faire anabaptiste : c'est celui des fermes d'altitude moyenne. On y pratique la culture de la pomme de terre, des céréales, des vignes et l'élevage du bétail. Le marcaire et sa famille résident en permanence à la ferme où ils vivent pratiquement en économie fermée. Chaque exploitation produit ce qui est nécessaire à son existence. Pour améliorer l'ordinaire, les paysans vendent le surplus de la production sur les marchés ou exercent d'autres métiers en dehors des travaux agricoles (maçons, charpentiers, sabotiers…). Ainsi, la vie sociale des exploitants agricoles reste fragmentaire. Elle se limite à des occasions périodiques (marchés, pèlerinage annuel…) ou accidentelles (mariage, baptême, enterrement…).
     
Veillé autour du poële dans une ferme - Desin de H Valentin (vers 1820)
Durant la période de l'Annexion (1871-1919), les fermes de montagne s'ouvrent davantage vers le reste de la population. Avec l'essor du romantisme, qui se veut nostalgique du passé et amoureux de la nature, et la création du Club Vosgien en 1871, les promenades dominicales dans le massif vosgien connaissant un formidable essor. La plupart des fermes situées le long des crêtes deviennent des " fermes-restaurants ", où les populations des deux versants continuent à se rencontrer au mépris de l'établissement de la frontière politique. Depuis 1945, le secteur agricole poursuit sa mutation. Ces transformations se caractérisent par une diminution générale du nombre d'exploitations et par le développement de nouvelles activités. Sur les 427 exploitations recensées en 1955, il en subsiste 71 en l'an 2000 : 26 d'entre elles exercent une activité autre que l'agriculture, telle que la restauration ou l'hébergement, la vente de produits fermiers…

   Ferme auberge du Haïcot, vers 1900                   


 

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